Construire un univers
Journal de l’atelier — 30.09.2026
Ça fait presque deux ans maintenant que je construis mon univers artistique.
Et quand je dis « construire », je crois qu’aujourd’hui le mot est assez juste, parce que ça ne concerne plus seulement les œuvres.
Depuis le début, tout évolue en même temps.
Ma manière de peindre. Les matières que j’utilise. Les formes. Les couleurs. La façon dont je présente mes œuvres. L’atelier. Le site. Les photos. Même la manière dont une pièce est emballée ou identifiée.
Et quand je regarde les photos du début, je me rends compte que tout ça s’est construit beaucoup plus progressivement que je ne le pensais.

Quand je suis arrivé dans cet atelier, il ressemblait à ça.
J’avais déjà mes chevalets, du matériel, quelques œuvres et beaucoup d’idées. Mais l’espace, lui, ne me ressemblait pas encore vraiment.
Et quelque part, mon travail était un peu au même endroit.
Je créais déjà, je savais que j’avais envie de travailler la matière, le relief, la couleur. Il y avait déjà des choses qui revenaient naturellement.
Mais tout n’était pas encore vraiment lié.
Je testais énormément.
Des techniques. Des formes. Des compositions. Des couleurs.
Je pouvais commencer quelque chose avec une idée très précise et finir complètement ailleurs quelques jours plus tard.
Et en réalité, c’est encore un peu comme ça aujourd’hui.
Petit à petit, l’atelier a commencé à changer.

J’ai commencé à y ramener des meubles, des lampes, des plantes, des objets, mes œuvres.
Je déplaçais sans arrêt les choses.
Je cherchais comment organiser l’espace, mais surtout comment faire en sorte qu’il me ressemble davantage.
Et en parallèle, la même chose se passait dans mon travail.
Certaines matières commençaient à revenir.
Les surfaces minérales.
Les reliefs.
Les formes organiques.
Les imperfections.
Puis les métaux, la feuille, les contrastes entre quelque chose de très brut et quelque chose de plus précieux.
Petit à petit, je commençais à comprendre ce qui m’attirait vraiment.
Pas forcément pourquoi.
Mais je savais reconnaître quand quelque chose était juste.
Puis j’ai décidé de refaire l’atelier.

À ce moment-là, je pensais surtout refaire un lieu.
Repeindre, réorganiser, enlever certaines choses, en reconstruire d’autres.
Mais avec le recul, je trouve assez drôle de voir à quel point ce chantier est arrivé au moment exact où mon travail lui-même était en pleine mutation.
Parce qu’en réalité, je faisais la même chose partout.
Je recouvrais.
Je grattais.
Je peignais.
Je construisais.
Je cassais parfois ce que je venais de faire parce que ça ne correspondait plus à ce que j’avais en tête.

Et ce sont presque exactement les mêmes gestes que ceux que j’utilise encore aujourd’hui sur mes œuvres.
J’ai toujours eu ce rapport assez physique à la création.
J’aime construire une surface.
Ajouter de la matière.
La recouvrir.
La reprendre.
L’abîmer parfois.
Puis essayer de retrouver quelque chose de juste à l’intérieur.
Je crois que c’est à ce moment-là que j’ai commencé à comprendre que mon travail ne devait pas forcément être parfaitement défini.
Il fallait surtout qu’il soit reconnaissable comme étant le mien.
C’est aussi à ce moment-là que j’ai arrêté de réfléchir uniquement en termes de « style ».
Parce que le mot me paraissait presque trop petit.
Aujourd’hui, je préfère parler d’un univers.

Il y a évidemment les œuvres.
Mais il y a aussi tout ce qui les entoure.
La façon dont elles sont photographiées.
Le site sur lequel elles apparaissent.
Les textes qui les accompagnent.
Les certificats d’authenticité.
Les numéros attribués aux pièces.
Le dos des toiles.
Les emballages.
La manière dont une œuvre entre dans une collection puis quitte l’atelier.
Pendant longtemps, je considérais toutes ces choses séparément.
Aujourd’hui, j’essaie justement de faire l’inverse.
Je veux que tout parle le même langage.
Que quelqu’un puisse reconnaître mon univers sans forcément avoir besoin de voir mon nom écrit quelque part.
Et forcément, les œuvres elles-mêmes continuent d’évoluer.
Je peux passer d’une période très organique à quelque chose de beaucoup plus géométrique.
Travailler presque uniquement en monochrome puis avoir soudainement besoin d’une couleur très forte.
Utiliser une matière pendant des mois, puis avoir envie de la confronter à quelque chose de complètement différent.
Et je crois que j’ai arrêté de voir ça comme un problème.
Parce que mon univers n’a jamais été pensé comme quelque chose de figé.
Au contraire.
Il évolue constamment pour se rapprocher un peu plus de cette vision que j’ai en tête.
Une vision que je suis parfois incapable d’expliquer précisément, mais que je reconnais immédiatement quand je m’en approche.

Quand je regarde cette photo aujourd’hui, je trouve qu’elle résume assez bien tout ça.
Au départ, c’était simplement une pièce dans laquelle je voulais travailler.
Et maintenant, quand je la regarde depuis l’extérieur, je vois beaucoup plus que ça.
Je vois les œuvres.
Les matières.
Les objets.
Les essais.
Les erreurs.
Les choses que j’ai gardées.
Celles que j’ai remplacées.
Et surtout tout ce qui reste encore à faire.
Parce que rien n’est vraiment terminé.
Je ne pense même pas que ça le sera un jour.
Mais depuis quelque temps, quand je regarde l’ensemble, j’ai enfin cette sensation assez étrange de reconnaître quelque chose que je voyais jusque-là surtout dans ma tête.
Ça commence vraiment à ressembler à mon univers.

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